De quoi parle-t-on vraiment ?

Nouveaux modèles économiques

  • Définition illustrée.
  • Enjeux déterminants.
  • Perspectives passionnantes.

Nouveaux modèles économiques :

De manière trop conceptuelle, un modèle économique est un processus de création de valeur. Les questions qui y sont soulevées sont de savoir quelle est la valeur que l’on crée et comment on la produit. Mais qu’est-ce que la valeur ?

Ce que l’on met derrière la notion de « valeur » dépend du prisme de lecture que l’on adopte, de la logique économique par laquelle on fixe ses critères et son rapport à l’entreprise. L’enjeu des nouveaux modèles économiques est donc de redéfinir ce qui a de la valeur et comment peut-on la produire autrement, dans une perspective de développement durable.

En économie, on distingue la valeur économique et la valeur d’usage.

La valeur économique représente la dimension «monétaire» du modèle économique. C’est-à-dire le processus de capture de valeur sous forme d’argent. Cette dimension focalise l’attention dans une logique « financiarisée ». Comment gagner un maximum d’argent et le répartir ? Telle est la question centrale des entreprises financiarisée où tout se compte ou ne compte pas.

Pour autant, un modèle économique n’est pas simplement quelque chose qui relève des affaire, quelque chose d’enfermé dans le système marchand, dans la manière dont on passe des contrats et où l’on fait des affaires. Les anglo-saxons appel cela un Business Model. Cette expression fait tâche lorsqu’on entre dans le champ des nouveaux modèles économiques. Elle met uniquement l’accent sur l’échange marchand, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles une activité génère un revenu. En clair, on met l’accent avant toutes autres considérations, sur la notion de rentabilité.

La valeur d’usage, quand à elle, interroge ce qui est utile. Ceux en quoi ce qu’une organisation produit répond de manière juste et utile à un besoin réel. La principale raison pour laquelle nous ne parvenons pas à rentrer pleinement dans un développement durable, c’est bien parce que ce n’est pas parce que l’on crée des effets utiles que l’on crée de l’argent.

Par exemple, prenons le cas d’une simple entreprise d’aide à domicile. Dans une logique industrielle, elle propose des heures de ménage. Finalement, elle propose du temps pour faire quelque chose qu’elle croit savoir à l’avance.

C’est-à-dire

Nous avons pourtant fini par croire que ce que les gens voulaient, c’était des heures de ménages.

des volumes de produits et de services, à en perdre de vu le sens de ceux pourquoi ils sont fait. Pour gagner plus, il faut vendre le maximum de volume de produits, à des prix toujours plus concurrentiel pour conquérir des marchés. La logique s’est diffuser, les esprits se sont automatisé, nous sommes devenus des machines à consommer.

Il n’est point d’impasse là où on peut faire marche arrière.”

Thoreau écrivit dans son retrait qu’il y a des milliers d’hommes qui taillent dans les branches du mal pour un qui s’attaque à la racine. Cette réflexion Frapper à la racine du mal équivaut à en couper mille branches.
Henry David Thoreau

Il y a des milliers de gens qui par principe s’opposent à l’esclavage et à la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme ; qui se proclamant héritiers de Washington ou de Franklin, restent plantés les mains dans les poches à dire qu’ils ne savent que faire et ne font rien ; qui même subordonnent la question de la liberté à celle du libre échange et lisent, après dîner, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la même placidité que les cours de la Bourse et peut-être, s’endorment sur les deux. Quel est le cours d’un honnête homme et d’un patriote aujourd’hui ? On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif. On attend, avec bienveillance, que d’autres remédient au mal, afin de n’avoir plus à le déplorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un « Dieu vous assiste » à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux.

 

Lorsque l’on parle de transformation de nos modèles économiques face au enjeux du développement durable, tout le monde se met à admirer la poule. Une poule ne peut se concentrer exclusivement sur la ponte des œufs et négliger l’élevage des poussins et en cela, sa nature inspire les entreprises à engager leur responsabilité vis à vis de leurs productions. 

La mode est à l’économie circulaire. Tout semble pouvoir se régler à condition de tourner en rond. Remettre en circuit des déchets, reproduire le cycle de la nature où rien ne se perd mais tout se transforme laisse croire que l’ultime problème de notre logique économique actuelle se situ dans le cycle de vie des produits qu’il nous faudrait rallonger, mettre en boucle.

Il n’en demeure pas moins que le modèle économique de ses entreprises vise toujours à vendre le plus de produits et s’enferme ainsi dans les mêmes travers liés aux volumes et aux divers pressions que cette logique de marché engendre. De plus, si demain il y a moins de déchets, les entreprises dont le modèle repose sur ces déchets comme ressource majeure et première ne seront plus rentable. L’impasse de l’économie circulaire est que son modèle de croissance dépend de la croissance des déchets.

l’émancipation de ceux qui marchent à l’ombre.

Cette responsabilité qu’engage l’économie circulaire se limite aux modes de production. Elle ne fait que concerner les entreprise face à leur responsabilité, sur une seule partie de leur modèle économique.

Il est pourtant aujourd’hui question d’impliquer véritablement les entreprises dans une mutation profonde. Lorsque l’on cuisine un œuf avec du bacon, la poule est concernée, le cochon est impliqué.

Pour les entreprises aux dirigeants les plus engagés, mourir pour ces idées, l’idée est devenue excellente. Beaucoup d’entreprises à contre-sens sur ces idées ont déjà faillies mourir de ne l’avoir pas eue. Car tous ceux qui l’avaient, multitude grandissante, leurs sont tombés dessus. La responsabilité sociale et environnementale des entreprises (R.S.E) est alors l’idée à la mode, la posture à épouser. Ce mariage, qu’il soit d’amour ou forcé, est souvent arrangé. Il s’engouffre alors dans une impasse. Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente. Car s’il est une chose amère et désolante, en évaluant son impact réel, c’est bien de constater qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée. (Brassens)

Alors que les vieux modèles s’essoufflent, les nouveaux tardent à s’imposer. Et dans ces moments de lutte surgissent les monstres. Ce sont des logiques économique qui vampirisent, des limites étouffantes, des façons de faire que l’on croyait justes, devenues des impasses dans lesquelles on s’enferme, dans lesquelles on meurt aveuglement. 

Pour conjurer les monstres, seules les bonnes histoires permettent de trouver un peu de lumière là où d’autres s’abandonnent à la facilité de se résigner, laissant les maux du monde à d’autres langages que celui des entreprises.

Si les 

  • Yann Moulier Boutang, L’abeille et l’économiste, paru en 2010.
  • François Hubault – Maître de conférence, responsable du pôle Ergonomie et Ecologie Humaine, FCPS, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne & associé ATEMIS, La question de la subjectivité en ergonomie, dans : Ergonomie et psychodynamique du travail Travailler, n°34, 2015, pp53-74.