Une imprimerie qui gagne à moins imprimer

Comme souvent, à vrai dire comme toujours, le changement est difficile à faire intégrer. Il fait peur, est lent, sa nécessité n’est pas toujours largement perçue, mais il finit toujours par sembler évident. Du bon sens, voilà une bonne perspective pour innover. Bousculer de vieux modèles économiques, c’est ce qu’a entrepris de faire Julien Costa, dirigeant de la société Flex’ink, une imprimerie familiale devenue un exemple pour illustrer l’économie de la fonctionnalité et de la coopération et éviter de perpétuer les travers de la logique volumique de notre économie.

Quand l’industrie retrouve la raison

L’industrie de l’imprimerie est toujours une composante lourde, dont on pourrait questionner la valeur écologique à l’heure des haricots en bocaux. Mais coller une série d’affiches dans les rues semble encore très important dans la construction de soi des militants de parties politiques de tous bords, même les plus verts. Farce à part, l’industrie de l’imprimerie semble encore devoir se rendre utile. Mais elle ne peut continuer comme avant face aux enjeux environnementaux. Comment traiter son addiction aux volumes de papier ?

Puisque nous devons transiter vers une économie au service du développement durable, deux chemins s’offrent à nous. Le premier consisterait à bouleverser nos comportements vers la sobriété, le plus rapidement possible, puisque l’urgence est de mise. Mais on finit par comprendre que nous n’en sommes pas capable. Couper des arbres, produire et imprimer du papier, est une économie qui représente du chiffre et des emplois. Plus important encore, comment des étudiants d’école de commerce pourraient-ils communiquer sur leur association pour une société zéro-déchet sans imprimer fièrement leurs montagnes de prospectus ?

Alors, puisque la route est encore longue, le chemin que nous pouvons emprunter de manière plus rationnelle est de transformer nos modèles économiques afin de jouer de l’irrationalité des consommateurs, inverser la tendance et transiter vers des systèmes durables. Preuve en est, l’imprimerie Flex’ink permet de rendre plus attractif le fait d’économiser du papier, plutôt que d’imprimer de gros volumes. Pour l’imprimeur comme pour son client : « moins j’imprime plus je gagne ». Par quel tour de sac cette magie opère t-elle ?

Anciennement spécialisée dans l’impression sur de très gros volume d’étiquette de boite de conserve, l’imprimerie de la famille Costa fonctionnait comme le font tous les autres modèles à base d’encres et de papiers, dans un schéma industrielle et productiviste. Tous les imprimeurs doivent faire du volume. Ils ont tous les même machines, les mêmes méthodes, les même charge, la seule différenciation possible, c’est le prix. Volume et guerre de prix, on connait la chanson, la fin est tragique. Puisque pour se développer il faudrait gagner plus, on choisit de vendre plus et donc de standardiser des volumes et baisser leurs prix. Plus rien n’a de valeur et on exerce des pressions sur les salariés, puisque leurs postes doivent suivre la marche d’optimisation et de standardisation. Julien Costa admet que cette logique enferme dans un cercle vicieux. « La pression n’est pas choisit. Le dirigeant la reçoit de fournisseurs, des banquiers, de toute part. Il la distribue sans volonté de casser, à ses employés qui doivent être productif. » Cette logique productiviste ne rends finalement service à personne, puisque le client se retrouve avec des volumes énormes qu’il laisse dans ses placards au mieux. Sinon dans la poubelle. Si le modèle économique de l’imprimerie fait que plus on commande de volume, moins c’est chère à l’unité, comment questionner le modèle économique pour inverser l’échelle. La réponse est toujours la même, elle gravite autour de la notion d’usage.

Cette question de l’usage est représentative de obsolescence des modèles industrielles. Puisqu’on s’est enfermé dans une logique volumique, on a finit par croire que les clients demandaient des volumes de documents imprimés. Aveuglé par la productivité, on a alors oublié que le métier consistait à être un outil au service de campagnes de communication, non de permettre de caler une table bancale avec une pile de prospectus. Dans une énorme partie des cas, les clients commandent en trop, envoûtés par les prix avantageux sur les gros volumes. Qui ne cocherait pas les 400 exemplaires supplémentaires pour 1 ou 2 euros de plus ? C’est la logique du « au cas où ». Avoir le plus grand stock de documents imprimés, c’est l’usage recommandé par le modèle économique de l’imprimerie traditionnelle. Non pas parce que vous en auriez besoin, mais parce qu’on vous pousse à le faire. Ce modèle est obsolète, il n’est plus pertinent. Ce que souhaite réellement le client, c’est d’avoir accès à des documents imprimables.

Flex’ink a alors développé une solution d’interface (plateforme internet) doté d’un service de mise à disposition du document, que le client va pouvoir modifier et commander au fur et à mesure, selon ces besoins. Grâce à ce stock virtuel, on n’imprime que les documents nécessaires, en utilisant les crédits uniquement quand le client en a besoin. A la base, celui-ci achète un stock de crédits d’impressions. Mais si il se rend compte qu’il a surestimé son besoin en stock et qu’il lui reste des crédits non utilisés, Flex’ink lui rembourse la moitié de la valeur. Celle-ci représente la moitié de la valeur du transport, de la matière et du travail non mobilisés. En clair, grâce à ce modèle, moins on imprime, plus on gagne.

L’économie de la fonctionnalité lui a alors permit de prendre un virage de son modèle économique. Un virage dont la sortie est la notion de service au travers d’une performance d’usage. Rendre service quand on évolue dans le milieux de l’imprimerie, c’est être flexible. Cette fameuse performance, glorifiée par l’économie de la fonctionnalité, est dû a un rapport d’engagement réciproque. Il a fallu, pour l’entrepreneur, se demander comment le client se sert du document à imprimer. Ce qui n’est pas, dans les schémas traditionnel, le soucis de l’imprimeur. Élargir le champs des égoïsmes des différents parties permet de transformer les marchés et proposer des solutions toujours plus efficientes. Plus le client utilisera le document de manières différentes, plus la performance d’usage sera atteinte et deviendra un avantage concurrentiel, une stratégie viable.

En effet, dans ce modèle, la relation aux clients change. On a besoin de comprendre le métier de l’autre et de se mettre réellement au service de l’usage du client. Celui-ci à besoin de communiquer, on met alors à sa disposition les moyens de produire des outils de communication imprimables, non plus imprimés. Cette relation se construit davantage sur la confiance, la collaboration, l’humain et la flexibilité dû à cette compréhension fine des besoins. Nous ne sommes donc plus sur un rapport indifférencié où la mesure serait la même entre une association universitaire qui réalise ces flyers et une grande entreprise qui entreprendrait une campagne nationale. La fin de la standardisation, c’est le début du bon sens. Le modèle industriel est davantage basé sur un rapport de transaction. Peut importe qui commande, on se met d’accord sur ce qui est échangé, pas sur qui ils sont.

Quand on parle de valoriser les ressources immatérielles, on comprends que certains services insoupçonnés peuvent être exploiter. Par exemple, puisque les documents imprimables sont sur une interface et que Flex’ink peut savoir quand le client l’a modifié, à imprimé, à stoppé le volume, on a des données. Il se trouve que ces données intéressent une boite de communication (peut être pour dégager des statistiques sur le comportement des clients qui mènent des campagnes de communication, sauf erreur d’interprétation de ma part). De nouvelles valeurs pointent leur nez en sortant du cœur de métier. C’est donc cette compréhension des limites industrielles, mais aussi des opportunités insoupçonnés, qui doivent inspirer des solutions nouvelles, brillantes et nécessaires.

Une imprimerie qui gagne à moins imprimer

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